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Illés Sarkantyu, Mihaly

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    © Illés Sarkantyu

« La nature qui parle à la caméra est autre que celle qui parle aux yeux.» écrivait Walter Benjamin. Illés Sarkantyu explore cet écart intangible à partir d’une photographie anonyme trouvée dans des archives de famille. Un militaire ceinturé d’une corde y est saisi frontalement et de plein pied, le corps renversé en arrière, prêt à tomber. La puissance d’enregistrement de l’œil mécanique saute aux yeux. L’artiste en redouble la force descriptive en prélevant des fragments de l’image qui ont retenu son regard et qu’il reconstitue. Ces épreuves ne sont ni des copies ni des répétitions mais des reprises qui infléchissent le destin du cliché et dilatent son histoire au temps présent. A la manière de cellules biologiques, les éléments de l'épreuve originale se désolidarisent pour reconstruire un organisme nouveau à partir de l'ancien. Ils repositionnent l’image orpheline dans la focale de l’artiste qui s’y projette à son tour, re-photographiant leurs objets dans ce qui s’apparente aux coulisses de réalisation de l’image : atelier, surplus militaire, vestiaire… Brouillant habilement les repères spatio-temporels, l’artiste-enquêteur qui s’est substitué à l’opérateur du cliché ne peut en revanche déguiser les vestiges du camp militaire hongrois de Rezi où l’image a été prise. Mis en orbite autour de ce point de présence et de résistance qu’est la photographie de départ, le dispositif visuel, intégrant aussi vidéos et textes, articule les approches tentées par l’artiste pour la dégeler et la faire revivre.

Marguerite Pilven
Texte pour le journal Slicker, n°2 automne-hiver 2011.