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Ilkka Halso, Museum of Nature

  • Ilkka Halso Museum of Nature

    © Courtesy galerie Frank Elbaz

Ilkka Halso interroge à travers ses nouveaux travaux photographiques les évolutions possibles de notre relation à la nature. Ses utopies cauchemardesques anticipent les conséquences de la mainmise illimitée de l’homme sur son environnement.

Le projet de restauration imaginaire de la nature entrepris par le photographe finlandais Ilkka Halso a commencé en 2000, avec la construction d’échafaudages cernant une parcelle de blé, un rocher ou un arbre, puis photographiés. Ces pseudo-restaurations d’éléments naturels évoquent autant une intervention chirurgicale qu’elles rendent compte du dialogue instauré par l’artiste avec la nature. Halso décline ainsi à travers chaque prise de vue les relations possibles de l’homme à son environnement dont il interroge la fragilité et la complexité.

Dans ses nouveaux travaux, l’artiste franchit une étape en soumettant ses photographies au traitement digital, passant de l’installations in situ à de vastes architectures virtuelles dessinées par ordinateur. Les interventions modestes et bien réelles sur la nature cèdent le pas à des vues de l’esprit rendues possibles par le recours aux nouvelles technologies. Les formats s’agrandissent et les installations, une fois libérées de la contrainte matérielle de leur réalisation, gagnent en monumentalité.

Dans ces travaux, la relation homme-nature n’est plus perçue en terme d’expérience, avec ce que cela suggère de limitation matérielle, mais sous la forme de scénarios futuristes, d’utopies par lesquels Ilkka Halso anticipe une mainmise illimitée de l’homme sur la nature. Si les architectures virtuelles que construit l’artiste s’harmonisent toujours à merveille avec le paysage, elles n’en contiennent pas moins une dimension excessive : ces architectures de pouvoir convertissent également la nature en une beauté sous cloche.

Un certain fatalisme traverse ces visions, lié à l’idée qu’une instrumentalisation croissante de la nature conduira peut-être un jour à son exploitation marchande abusive, comme c’est le cas avec Forest of Sponsors où l’artiste imagine un dispositif de protection des forêts qui répondrait à une logique d’économie de marché en proposant aux sponsors d’apposer leur nom sur les troncs d’arbres. Halso imagine également l’aménagement de la nature en vaste parc d’attraction, musée ou théâtre. Autant de scénarios qui disent avant toute chose notre impossibilité à nouer une relation authentique au monde, notre désir impétueux de maîtrise.

Ilkka Halso
Museum of Nature
Galerie Frank Elbaz, Paris


Pour paris-art.com, 2005