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Yayoi Kusama

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    © Courtesy galerie Daniel Templon

Trois installations de Yayoi Kusama investissent actuellement l’espace de la galerie Templon. A l’entrée, une huile sur toile invite le visiteur à revenir sur un vocabulaire plastique récurrent dans son travail : les filets (Infinity Nets) et les pois (Polka Dots), sorte de matrices d’abord explorées au pinceau pendant les années 1950 puis sur des formats de plus en plus grands au cours des années 1960, pour ensuite prendre la forme de sculptures en tissu bourrées de coton, puis d’installations absorbant le spectateur en un rapport fusionnel avec son univers plastique.

La particularité de ce travail réside essentiellement dans ce déploiement obsessionnel de systèmes graphiques dont la genèse est intimement liée à l’enfance de l’artiste, les premiers dessins datant de ses dix ans, lorsqu’elle fut pour la première fois victime d’hallucinations psychiques qui devaient la harceler sa vie durant.

Basés sur des effets optiques de répétition, sérialité et accumulation de formes proliférant dans l’espace, les travaux de Yayoi Kusama prennent racine dans une perception idiosyncrasique de l’espace qui, lors de crises hallucinatoires se remplit de formes répétitives le divisant, et menaçant le sujet de dissolution. Impressions effrayantes d’étouffer ou de se désagréger en particules ont été plusieurs fois décrites par l’artiste qui, aujourd’hui âgée de 76 ans, n’a cessé de les exorciser sous la forme d’installations à la fois séduisantes et repoussantes.

Cette ambivalence caractérise toutes les pièces visibles ici, qu’il s’agisse de Heaven and Earth, ensemble de boîtes verticales d’où prolifèrent des formes phalliques en tissu blanc évoquant à la fois les tentacules d’un monstre marin ou une espèce végétale inconnue, ou encore de Gold Shoes, cinquante chaussures à talon dorées traversées de protubérances organiques, sorte de champignons évoquant également des pénis-parasites se nourrissant de la forte charge érotique de ces accessoires féminins.
Narcissus Garden, ensemble de sphères argentées réfléchissantes, ramassent en boule l’espace. Notre reflet lilliputien grandit à mesure que nous avançons à leur rencontre, pour mieux nous perdre dans leur chatoiement et leur pouvoir hypnotique.

Une fois encore, cette exposition célèbre un travail qui a déjà fait l’objet de nombreuses expositions en France. En 2001, l’artiste bouleversait totalement l’espace de la Maison du Japon avec une suite d’installations formant un labyrinthe gigantesque où le visiteur s’engouffrait, perdant progressivement toute notion objective de son environnement. La dernière Biennale de Lyon incluait deux chambres recouvertes de pois, que des miroirs disposés au mur et au plafond dupliquaient à l’infini, provoquant un ensemble de sensations psychédéliques et vertigineuses.

Yayoi Kusama
Galerie Daniel Templon, Paris


Pour paris-art.com, 2005