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Richard Jackson

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    © Courtesy galerie George Ph. & N. Vallois

Une énergie motrice est toujours à l’œuvre dans le travail de Richard Jackson, qu’il s’agisse de ses drippings mécaniques ou de ses fresques murales. Inventeur de machines à peindre spectaculaires, il introduit dans la pratique de la peinture une dimension ludique qui la dépasse et l’excède.

Les immenses machineries une fois mises en branle font œuvre elles-mêmes, l’artiste se contentant d’en actionner le mécanisme. En grimpant sur une vespa qu’il démarre, il réalise un Dripping explosif. La toile qui le supporte, posée sur un disque relié au moteur se met à tournoyer sur elle-même, à la vitesse de 80 km/heure. Emportés par ce mouvement centrifuge, les paquets de peinture liquide que l’artiste a directement versés sur la toile s’étalent en coulures et se disséminent en une pluie colorée psychédélique.
Lorsque Jackson relève la tête, la toile, les murs, le sol de la galerie en sont recouverts. On imagine sa jubilation quasi enfantine : ça crache, ça fait du bruit et aussi de la peinture !

À soixante ans, l’artiste semble avoir de l’énergie pour dix. A peine redescendu de son scooter, le voilà actionnant devant son public un gros fauteuil fleuri qu’il a hissé sur un ressort. En soi, c’est déjà une sculpture grotesque : le fauteuil aux formes boursouflées, une fois en l’air, paraît lourd et ridicule, façon peut-être de tourner en dérision ce Lay-Z (nom du fauteuil lisible sur l’étiquette) et l’inertie dans laquelle il plonge son utilisateur. Après l’avoir recouvert de coussins fourrés de peinture rose bonbon, il l’agite furieusement en actionnant le ressort. Les coussins craquent sous la secousse et déversent leur liquide. Quand ceux-ci tombent, Jackson les saisit à pleines mains pour les remettre à leur place, se barbouillant au passage de ce cambouis flashy. Ca coule, ça colle, ça dégouline. Phase finale de mise à mort de la bête : Jackson propulse le fauteuil jusqu’au plafond et l’écrase sur toute sa longueur. Une fois pris en étau, il le fait tourner, dessinant au plafond un cercle rose presque parfait. Tout ça pour ça !

Dans ces travaux, les moyens se confondent avec la finalité de l’œuvre, faisant partie intégrante du résultat. Les Wall Paintings en sont un autre exemple. Jackson fixe au mur des toiles trempées de peinture uniquement par un clou, puis les fait pivoter en les pressant énergiquement contre le mur, réalisant ainsi des traînées de peinture épaisses et circulaires.
Répétant cette opération en plusieurs endroits du mur, il fait se rejoindre les cercles qui s’organisent en une harmonie colorée complexe. Lorsque la fresque est terminée, Jackson laisse pendre les toiles à leur clou, les intégrant au résultat final du travail.

Richard Jackson se situe dans une tradition américaine de renouvellement de la peinture, tant par son emploi de formats gigantesques que d’un procédé pictural très physique, à la fois maîtrisé et ouvert au hasard. Mais on pense également aux Nouveaux Réalistes ; qu’il s’agisse des machineries de Jean Tinguely ou des tableaux tirs de Niki de Saint-Phalle, ces artistes ouvrirent également leur pratique de l’art au vocabulaire explosif de la secousse et de la collision.

Richard Jackson
Unusual Behaviour
Galerie Vallois, Paris


Pour paris-art.com, 2004