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Mills, Paik, Sugimoto...My Own Cinema

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    © Oeuvre de Jeff Mills, courtesy galerie George Ph. & N. Vallois

Avec My Own Cinema, la galerie Vallois interroge les liens entre arts plastiques et cinéma en présentant une sélection de travaux qui empruntent au septième art ses codes sémiologiques, son dispositif de projection ou son potentiel fantasmatique.

Après s’être intéressé en 2001 à l’illustration sonore de Metropolis, le célèbre DJ Jeff Mills s’approprie désormais Three Ages de Buster Keaton, faisant travailler de concert des pratiques communes au cinéma et à la musique électronique : le collage, la boucle et la juxtaposition. L’image et le son subissent un traitement similaire de montage pour donner lieu à une composition ludique. Mills s’amuse à isoler une scène particulièrement grotesque, aux gestuelles éloquentes qui, une fois montées en boucle, se calent sur les pulsations de sa musique. Les sons redoublent les mouvements qui se répètent mécaniquement, et cette ponctuation électronique en fait rejaillir tout le comique.
L’exploration des liens possibles entre image et son donne lieu à de multiples combinatoires qui conduisent Mills à réaliser des séquences quasi abstraites jouant sur des effets plastiques : l’image se démultiplie sur la surface de l’écran pour former un damier psychédéliques dont les palpitations lumineuses rappellent celles des boules à facette.
Nam June Paik fait figure de pionnier dans la mise en place de cette écriture fondée sur le montage et le collage. Il décrivait ses vidéos comme « toutes construites en forme de sonates avec thèmes, contre-thèmes, développements, séquences plus ou moins rapides ». Rhapsody in RGB porte en son titre cette idée de composition musicale. La sculpture est composée de neuf téléviseurs encastrés dans un meuble, dont les pulsations cathodiques suivent chacune un rythme différent et construisent une grille hypnotique.

Cette fascination de l’écran irradiant sa lumière de l’intérieur est également à l’œuvre dans les travaux du photographe Sugimoto. À la fin des années soixante-dix, il photographie des écrans de drive-in , livrant le portrait nostalgique d’un grand mythe américain. L’ouverture prolongée de l’obturateur, pendant tout le temps de la projection, annule les images du film pour n’en garder que l’empreinte luminescente. Cette mise en abstraction de l’écran de cinéma le réduit à l’état de trace, avec ce que cela comporte de rapport à la disparition et à la mémoire, mais en fait également le réceptacle possible de toutes les projections et fantasmes.

L’industrie du cinéma, impossible à dissocier de son immense pouvoir de séduction, est aussi celle qui construit ces machines à fantasmes que sont les stéréotypes. Avec sa série photographique Untitled Film Stills, Cindy Sherman rejoue de façon troublante cette identification passionnée à un personnage de cinéma.
Les stills sont ces quelques photographies tirées d’un film, destinées à servir d’appât visuel, comme une publicité. Celles de Sherman obéissent à la formule à suivre, synthétisant chaque fois, par la création d’un personnage féminin excitant les imaginations, d’une mise en scène éloquente, de postures et d’ambiances lumineuses très précises, un drame ou une romance de série B.

Le travail de Matthias Müller met également en abîme ces représentations stéréotypées. Il monte bout à bout des séquences issues de films hollywoodien qui mettent en scène des femmes dans leur chambre à coucher se levant effrayées à l’entente d’un bruit. Les séquences s’enrichissent de ces jeux de similitude et de différences pour faire voir les ficelles de cette chorégraphie de l’effroi : jeu avec le hors cadre, bande musicale à sensation... D’autres artistes comme Saverio Lucarellio ou Joachim Mogarra sont également de la partie, qui « font leur cinéma » avec tout ce que cette expression suggère de fantaisie.

Mills, Paik, Sugimoto...
My Own Cinema
Galerie Vallois, Paris


Pour paris-art.com, 2005