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Jacques Villeglé

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    © Courtesy galerie George Ph. & N. Vallois

Limitant volontairement sa démarche plastique au prélèvement d’affiches lacérées trouvées sur les murs des villes, puis à leur transfert sur toile, Jacques Villeglé inaugure dès le début des années 50 une attitude artistique radicale. L’artiste donne à ces productions anonymes et collectives une existence dans le monde institutionnel de l’art. Il renonce clairement au statut d’artiste-auteur pour devenir un glaneur et un intermédiaire d’affiches trouvées dans les rues, qu’il considère comme de nouvelles peintures sociales. Les affiches politiques constituent un ensemble éloquent de ce désir de rendre manifeste une expression d’ordre collectif.

Outil essentiel de propagande, l’affiche politique n’est-elle pas la plus apte à soulever les passions du « Lacéré Anonyme » ? Inventé par Villeglé, cet artiste fictif personnalise l’ensemble des interventions réalisées sur les affiches par des individus anonymes. A la suite de déchirures successives et d’arrachages sauvages, le slogan politique côtoie la réclame, les noms et visages de leaders politiques apparaissent, tronqués par des mains rageuses. Au message imprimé se mêlent également les revendications écrites à la main.

L’affiche se modifie au gré des humeurs successives, son message s’altère et se mélange à ceux des affiches qu’elle a recouvertes jusqu’à devenir illisible. Des fragments de couches inférieures apparaissent, provoquant à la surface un chaos de couleurs et de signes porteur d’affects : un nouveau langage plastique émerge, qui convertit la surface de l’affiche en une arène symbolique dont les messages se disputeraient la suprématie.

Partageant avec les Nouveaux Réalistes une démarche affirmant la portée décisive du choix et de la réappropriation d’objets quotidiens, Villeglé s’en distingue cependant par le caractère exclusif de l’objet choisi et l’absence d’intervention sur celui-ci. Partant du constat que le dialogue est impossible avec « l’esthétisme institutionnel qui se veut une manifestation de soi-même », l’engagement artistique de Villeglé peut-être perçu comme une réponse à la sclérose intellectuelle de son temps.
Son renoncement au statut d’auteur procède également d’une volonté d’accélérer le mouvement d’ouverture de l’art vers une extériorité, un autre, pour créer la possibilité d’un dialogue renouvelé, aux prises avec le réel.

Jacques Villeglé
Politiques
Galerie Vallois, Paris


Pour paris-art.com, 2005