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Imi Knoebel

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    © Courtesy galerie Thaddaeus Ropac

L’artiste allemand Imi Knoebel réalise sa première œuvre d’envergure en 1968, dans un atelier de l’Ecole de Düsseldorf octroyé par Joseph Beuys dont il suit les cours. Ce travail intitulé Raum 19 inscrit d’emblée sa pratique au carrefour de la peinture et de la sculpture. Châssis, panneaux d’aggloméré et baguettes sont posés au sol ou adossés au mur, les uns contre les autres, en un jeu de superposition par strates. L’objet-tableau se décompose pour s’articuler en une syntaxe nouvelle, qui met en valeur les éléments constitutifs du tableau et l’espace qui les contient. L’approche sculpturale du tableau, son ouverture vers l’espace, constituent l’essentiel du vocabulaire plastique de Knoebel, des leitmotivs dont il ne cesse d’explorer les possibilités.

Dans sa récente série, An Meine Grüne Seite, l’artiste met en place un dispositif d’effeuillage du support dans son épaisseur, articulant deux plans monochromes de couleurs différentes. Alors que le panneau faisant office de fond est fixé à la cimaise, celui qui le recouvre s’en sépare pour opérer une saillie vers le spectateur. Uniquement fixé au mur par le bord supérieur, ce décollement progressif de la surface du haut vers le bas évoque un store que l’on aurait tiré. Ainsi soustrait au regard, le fond déborde cependant sur les côtés de la surface couvrante et déplace l’attention de la surface vers les bords du tableau.
Introduisant des distorsions dans les rapports convenus entre couleur et fond, Knoebel traite ces composantes comme des entités autonomes. Leur relation d’interdépendance devient un enjeu de l’économie interne de l’oeuvre.

Viennent ensuite les compositions monumentales qui opposent à la légèreté de l’effeuillage un caractère beaucoup plus physique. De grosses cassettes monochromes montées les unes à côté des autres servent de socle à de fins panneaux. La variété des supports opère un décalage des plans dans la profondeur et provoque un allègement dans la partie supérieure de la composition. Les plans colorés semblent flotter, comme libérés de leur attache au support, affranchis des limites matérielles du tableau.
En d’autres endroits, Knoebel insiste au contraire sur l’adhésion de la couleur au support en peignant vigoureusement la surface de manière à laisser visibles les traces du pinceau puis en fermant cet ample mouvement du haut vers le bas par des coups de pinceaux horizontaux qui soulignent les limites du support. Le traitement hétérogène des surfaces, mates ou brillantes, absorbantes ou réfléchissantes, participe également de ces jeux de confrontations et déséquilibres qui rythment les compositions.

Aussi originaux que ces dispositifs puissent paraître, leur matière première comme leurs caractéristiques formelles proviennent toujours de l’objet-tableau. Définissant un champ de travail aux contours précis, Knoebel pousse en réalité de façon extrêmement cohérente les conséquences d’un travail de prospection centré sur cet objet spécifique.

Imi Knoebel
New Works
Galerie Thaddaeus Ropac, Paris


Pour paris-art.com, 2005