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Anthony Caro

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    © Courtesy galerie Daniel Templon

Aujourd’hui âgé de 80 ans, l’anglais Anthony Caro est un acteur majeur du renouvellement de la sculpture moderne. Abandonnant très tôt la technique classique de moulage pour se tourner vers les propriétés de la matière brute, il développe depuis les années 1960 ses spécificités plastiques.

L’ensemble des sculptures exposées frappe par leur diversité. Certaines sont très denses, privilégiant les effets de masse tandis que d’autres, plutôt aériennes, se déploient dans l’espace qu’elles laissent pénétrer comme un élément constitutif de leur matérialité. En embrassant du regard ces travaux réalisés depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, on mesure l’ampleur des recherches menées par Caro.

Certaines sculptures, parmi les plus massives et monumentales, sont constituées d’un assemblage de matières où le bois, l’acier oxydé et la pierre forment un enchevêtrement de plans au caractère vigoureux. Leur densité, la complexité de leur construction en rendent impossible l’appréciation totale. Il faut tourner autour de ces pièces hétérogènes dont l’ordonnancement se modifie avec le déplacement du spectateur. La sculpture dévoile au terme de cette promenade circulaire ses configurations possibles. Le spectateur fait l’expérience phénoménologique de la révélation successive des pièces autour desquelles il tourne. Rien n’est évident dans ces constructions, aucune logique ni plan d’ensemble n’est décelable de prime abord.
Cherchant à se débarrasser de la contrainte de l’axe vertical et horizontal qui figerait la sculpture en une structure rigide, Caro ordonne les divers éléments de ses pièces en évitant tout rapport trop évident au sol (ou au socle). Les plaques de métal se succèdent en un jeu d’inclinaisons variées, provoquant « cette sorte de fluidité déferlante » dont parlait Clément Greenberg en 1965.

La pièce Emma Scribble est à ce titre tout à fait représentative. Cette sculpture aérienne à la structure lisible mais très sophistiquée développe un jeux de déséquilibres constants. Les éléments sont agencés en porte- à- faux, comme sur le point de basculer. Les appuis au sol sont tous bancals, aucun pied n’est complètement perpendiculaire au sol. Cette sculpture très graphique qui privilégie les jeux de la ligne au détriment de la masse et semble frôler tout juste le sol est gracieuse dans ses effets, d’une légèreté jouant avec l’idée d’apesanteur.

Anthony Caro
Galerie Daniel Templon, Paris


Pour paris-art.com, 2005