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Abbas Kiarostami

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    © Courtesy galerie de France

Le cinéaste iranien Abbas Kiarostami s’est fait connaître en France à partir de 1997, lorsqu’il a obtenu la Palme d’Or à Cannes pour son film Le Goût de la cerise. Egalement poète, un de ses recueils est traduit en français et publié depuis 2001 chez POL. La galerie de France expose en ce moment un ensemble de ses photographies en noir et blanc, des clichés de paysages sous la neige.

Durant les années de la Révolution, alors que son travail de cinéaste se voit empêché par la censure, Kiarostami se procure un appareil photo et ressent le besoin de se rapprocher de la nature. Aucun titre, ni date ne sont jamais précisés, comme si l’artiste voulait éloigner ses photographies de toute forme de contingence. La neige finit d’ensevelir les derniers indices d’un lieu précis.

Les paysages photographiés ne font l’objet d’aucune mise en scène, mais procèdent d’une observation patiente et attentive de la nature. Un envol d’oiseaux au-dessus d’une chaîne de montagnes, un cheval noir traversant une étendue de neige immaculée ou le passage d’un chien sauvage, autant d’événements qui apparaissent à Kiarostami durant ses promenades et dont il réalise les prises de vue. On sent le regard du cinéaste, anticipant habilement la progression des mouvements dans le cadre.

Des images procèdent plutôt d’un jeu formel, comme dans ces photographies d’ombres projetées d’une rangée d’arbres rythmant la surface, dont le cadrage retenu par l’artiste privilégie la symétrie, et le tirage fortement contrasté la beauté graphique.
Pour d’autres photographies, Kiarostami choisi un tirage plus sensuel, évocateur de l’atmosphère immatérielle provoquée par la neige. Le froid enveloppe le paysage d’une qualité atmosphérique vaporeuse adoucissant la lumière, et les ombres se déclinent en teintes grisées subtiles, le grain épais de la pellicule rend sensible les effets de recouvrement de la neige sur les branches d’arbres ou arrondissant les volumes du paysage.

Les visions alternent entre vues panoramiques privilégiant l’impression d’immensité et d’absorption complète dans le paysage, et vues fragmentées retenant à la manière d’un haïku un détail harmonieux valable pour le tout. Loin des conflits qui agitent son pays, Abbas Kiarostami a développé, à une époque où il pouvait encore vivre en Iran, un travail contemplatif qui à la manière de la poésie persane rend avant tout hommage à la nature en la magnifiant.

Pour paris-art.com, 2004