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Marie Lancelin

  • Marie Lancelin

    © Marie Lancelin

Quand elle ne travaille pas au sein du collectif d’artistes Pilottti, Marie Lancelin crée comme une « femme orchestre ». Également attirée par le graphisme, l’édition, le cinéma, la sculpture ou le théâtre, elle touche à tout sans distinction. Des avant-gardes du début du xxe siècle, elle semble avoir retenu que ces disciplines pouvaient se nourrir efficacement les unes des autres. Elle se souvient sans doute qu’en cette époque marquée par les expérimentations photochimiques et une mécanisation de la vision, on parlait plus volontiers « optique » que « Beaux-arts ».

L’approche ludique de Marie Lancelin se trouve pleinement dans cet esprit de décloisonnement. Ses Images Sculptures mettent en scène des éléments en bois composés à partir de formes géométriques simples. Des couleurs inégalement réparties sur leurs volumes provoquent des effets d’optique qui faussent notre appréciation de leur forme et de leur ordonnancement dans l’espace. On tourne autour de ces décors qui ne privilégient aucun point de vue unique. Marie Lancelin aborde pareillement ses oeuvres, selon des modes d’exposition changeants : il se peut qu’un dessin donne ensuite lieu à une sculpture et que cette même sculpture soit photographiée pour être exposée en tant qu’image. Ce principe de recyclage s’accompagne d’un goût affirmé pour les procédés de duplication : transferts, calques, pochoirs… Avec ses Logotypes, elle pousse plus loin l’idée d’un vocabulaire plastique régi par une logique interne. La matrice de ses Logotypes se compose d’un carré, d’un cercle et d’un triangle imbriqués. L’artiste en décline ensuite les variantes permises par l’amplitude graphique noir/blanc. Avec ses Dessins génériques, elle joue sur la permutabilité fond/forme, positif/négatif pour révéler ou masquer en partie ces logotypes. Le cinétisme de ces pièces rappelle les trucages du premier cinéma. On songe par exemple aux farces illusionnistes de Méliès.

Les films que l’artiste présente à la Graineterie évoquent d’ailleurs la pantomime. L’un d’eux paraît nous initier aux règles d’un alphabet inconnu. À moins qu’il ne s’agisse d’un habile stratagème ? Marie Lancelin semble parfois livrer des clés pour mieux nous prendre au jeu et
nous perdre. Elle conserve ainsi notre étonnement intact.

Marguerite Pilven


Texte pour le catalogue de la Biennale de la Jeune Création à Houilles
(9e édition 24 mars au 5 mai 2012)